petite conte de la tâche, de blaise et du poussin dans la plaine des zertes.

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MessageSujet: petite conte de la tâche, de blaise et du poussin dans la plaine des zertes. Mer 24 Nov - 18:08


    PLAINE DES ZERTES, MATIN
    image fffound.

    Je suis une tâche, m’informe mon ami le stylo alors que je l’interroge, sujette à une impressionnante amnésie. Parait-il que j’étais si douée pour retenir mes conjugaisons, que c’était purement impossible à ses humbles billes de stylos, que je puisse ne plus savoir jusqu’à ma nature ! C’est important, la nature. Le ture de nature est un vieux sage qui a parcouru les premières de couvertures, les toiles pleines de peintures, qui a manqué de se noyer dans un pot de confiture, avant de terminer ses études en littérature. Oui ; le ture mérite un infini respect, il a d’ailleurs un surnom mystique, la sainte ture. Le stylo a une mine, enfin je confonds avec ce polisson de crayon, toute effarée, il gicle très fort dans tout les sens. Il porte son bleu uniforme, un très joli bleu, pas aussi léger que celui du ciel, mais plus accueillant que le bleu de l’océan. Moi aussi, je suis bleu, bleu noir avec des trous, je le constate en me penchant un peu. Le stylo m’envoie une gerbe d’encre en plein milieu du ventre, sans me demander ma vis ! Du moins, si la vis, qu’on dit… Ca fait ploc, plic, ploc, plic, un bruit bourdonnant dans les environs. Je pense que c’est lui qui glisse, hélas, il me désigne. Je plicte de plus en plus rapidement, de droit je me raboubleu à terre. Dans mon esprit ça plocte beaucoup, j’ai mal, comme si on mettait de l’acide dans mon… haut ? J’ai l’impression que mon cerveau s’est déjà dissout à mes … pieds, si j’en ai encore. J’essaye de me souvenir de qui je suis, car cette fuite interne me perturbe énormément. C’est comme si un preux chevalier m’avait pourfendu sans que je m’en rende compte, désormais je réalise que j’ai un petit problème. Je me rappelle progressiment, qu’étant une petite tâche mes soucis sont adaptés à ma taille. Ça me revient par étapes. M’apparaît d’abord ma famille, nettement. Je ne suis pas apparue comme ça en plein milieu de la grande plaine des zertes par magie ! J’ai une maman, un papa. Maman est la mère d’encre. Elle est la tâche en chef. Chez les tâches, c’est simple, on a chacun un rôle, qui est lié à notre étendue. Si je continue à couler, je vais finir par obtenir cette chose rarissime chez nous : le chômage ! Mon papa s’appelle Eustache. Il est intelligent, tellement que dans la belle république des tâches, il exerce le métier de tache-ehoh-maitre ! Le tache-ehoh-maitre éduque les tâches pour leur apprendre à être de vrais citoyens, c’est la première leçon. J’aimais énormément les cours pratiques, j’avais un talent terrible pour ce qui était d’entraver les mots ! J’étais destiné à devenir la nouvelle tâche indicatrice, pour aider les phrases à ne pas prendre les mauvais chemins, les pauvres ont un mauvais sens de l’orientation… Nous avions après les heures de mathématachiques, une pause thé, car il est bien connu que toute tâche tasse, sauf chez les gens chauves. Oui, j’ai ça encré dans ma mémoire.
    Mais si je suis une tâche avec des parents importants, qu’est-ce que je fais pour être abandonné avec mon copain stylo dans la plaine des zertes, sur laquelle même les zertes n’osent plus s’aventurer ? Pourquoi je plicte ? J’ai fait quelque chose de vilain-pas-beau ? J’ai un bobo dedans, et au sol… je prends de la place. Le stylo est rouge , couleur Mars coléreux. J’ai du être méchant, faire une bêtise géante, et l’entrainer avec moi, parce que stylo qui est raisonnable, perd vite sa patience aujourd’hui.
      - Quel sale garnement ! C’est ça de crapahuter partout ! Quelle idée de se poser sur un arbre !

    Donc, je n’ai pas fait une bêtise, j’ai désobéi à la loi. Que c’est stricte, l’existence ! On n’a pas le droit de tâcher la nature. La nature est la maman des feuilles, du vent, et de la bête des bois… Ils me regardent de loin, méchamment. Je veux pleurer… mais je plocte déjà assez. Le stylo, lassé de me regarder plicter, s’en va. Le ciel se moque de mon sort, les herbes, ces commères, lancent des ragots qui en retombant mes font sclabousser. Je suis donc dans la plaine des zertes pour me punir d’avoir commis une grosse injustice. Tristement, je réfléchis à ce qui va découler de moi et de mes actes dans les prochaines heures. Est-ce que quand je serais une série de gouttes désunies, on viendra me chercher ? Ou mes gouttes vont-elles continuer et former des sous-tâches ? Zut. Je suis partie juste avant qu’on aborde les divisions, en mathématachiques.
    Soudain, la terre remue. A-t-elle des fourmis dans les pattes, la planète ? Je tremblote de partout, perds des larmes noires dans le séisme. S’en suit un instant de flottement, ou des parcelles de moi s’envolent dans l’air. La brise, qui n’a pas digéré mon affront passé, s’amuse à les faire dériver, mais abandonne immédiatement sa farce à leurs arrivés. Eux, les poussins quoi ! C’est une marée jaune qui s’abat autour de mon corps qui est une véritable flaque, et l’un d’eux attire mon regard. Parce qu’il porte un masque rouge. Vous savez, en cours de latâche, on a salit des ouvrages excellents sur le théatre antique. Voyons… ce n’est pas de rose ah ! rose hum ! Rose âme, dont j’ai besoin, là… voilà ! Personare donne le mot masque, signifie parler à travers, donc jouer un personnage. Il m’effraye, avec son déguisement. Nous, les Jean d’encres, on n’a qu’une seule face, par commodité, par contre les Jean de Plume et Jean de Poils, ils sont bizarrement conçus. Ca a un rapport avec avec une histoire de jeu, impliquant trois dés, néanmoins ce n’est pas le jour pour se poser des questions parce que là, vraiment, si les poussins sont venus aussi nombreux, c’est qu’il y a une sacrée raison. Ou une raison sacrée. Il est temps qu’on m’aide, à force de plicplocplicter, j’ai les idées qui pleuvent moins bien. Vu que les zertes sont partis zertilloner ailleurs, c’est moi la raison. Moitié contente que je suis à cette conclusion, moyennement enthousiasmée.

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MessageSujet: Re: petite conte de la tâche, de blaise et du poussin dans la plaine des zertes. Mer 24 Nov - 19:58


    Face à nous se dresse la Terre des Zertes ! Et tous regardent ahuris autour d'eux, avec leurs têtes de poussins jaunes. Plus blancs que jaunes, d'ailleurs. Moi je suis vraiment jaune. Je suis vraiment jaune et aujourd'hui j'ai réussi le tour de force de ma vile. Détourner une migration présidentielle vers une terre inconnue. Tant de semaines, tant de mois qu'ils me gardaient à l'écart de tout, les poussins blancs. Ils se croyaient supérieurs, parce que moi j'étais trop jeune, et que je parlais seul. Ils prétextent qu'il vaut mieux m'écarter des décisions. Bien. Mais les résultats des décisions, ça se communique non ? Les résultats choisis à l'unisson c'est fait pour communier autour d'un même projet. Et moi, me voilà excommunié ! Ni plus ni moins, comme un vil renégat. Alors que, précisément et sans vouloir me déprécier, je suis un poussin plus que précieux ! Mais maintenant il est trop tard pour eux, beaucoup trop tard ! Tard comme une tarte aux tétards qu'on leur enverrait au bec. Les poussins sont végétariens, vous le saviez ? Les poussins sont végétariens et simples d'esprits. Mais moi, je suis né dans un poulailler familial, chez une famille d'intellectuels renommés. Ils m'ont dépossédé, ils m'ont relégué au ban de la société ! Qu'aujourd'hui tous les poussins incompris se dressent contre nos bourgmestres au pouvoir ! Poussins de toutes les basses-cours, unissez-vous. Oh cet air d'affolement, de désarroi, d'angoisse qui les étreint tous. Je suis le poussin le plus cultivé, les mots, ça me connaît. Et bien là faîtes-moi confiance ils sont défaits. Abattus, perdus, vaincus. Ahah, ils ne l'avaient pas vu venir le petit Michel ! Oui je m'appelle Michel. C'est ce qu'on peut appeler il me semble une insurrection, une révolte, non Sire c'est une Révolution. Ca, c'est à Louis XIV qu'on l'a dit, nos poussins bourgmestres pourraient tout de même se sentir flattés. Mais ils n'ont absolument aucune culture, comme je vous le dis ! Ils sont gentils les uns avec les autres, ils ne tuent point, ils ne volent point les femmes de leur voisin.. Oui ils ont peut-être une culture après tout. Mais la Bible ça compte pas, d'autant plus que chez eux c'est une Bible naturelle et primitive, alors raison de plus. Que le p'tit Michel puisse avoir des contacts utiles, ils n'en auraient pas mis une seule plume à brûler hein ! Mais je suis pas né de la dernière pluie et oui. Alors maintenant ils peuvent s'en mordre les doigts et mettre les pieds dans le plat. Michel capable de fomenter une sédition, ah ça va rester dans l'histoire plumiforme. Je peux dès à présent tenir mes Mémoires, pour les générations futures. Finie l'études des mouettes savantes qui nous volent la vedette, nous sur les bancs du poulailler, on écoutera les aventures du rebelle Michel ! Celui qui en un tour de bec a réussi à délocaliser la migration. On leur racontera le pacte que j'avais passé avec les stylos de la basse-cour. Je suis le seul ici à me faire comprendre des stylos. Mais c'est parce que j'ai vécu avec eux. Choyé dans la maison intellectuelle. Et quand ils m'ont révélé ont ils excluaient la tâche fautive, j'ai promis de ce pas. S'ils me laissent emmener les poussins sur cette Terre des Zertes, je leur ramène la tâche une fois qu'elle aura compris son erreur. Je n'ai rien compris à l'erreur de la tâche, et ils n'ont rien compris à mon histoire de rébellion poussinesque, mais marché conclu. C'est ça l'avantage de ne pas être humain : il n'existe aucune petite clause déterminante. Et les voilà, comme des benêts, face à la Terre des Zertes. Oh futurs élèves poussins, admirez l'astuce du Rebelle Michel. Les poussins devaient quitter les villes et fuir tous à la campagne. Un mot à mon ami le poussin tambour et voilà qu'il nous menait tout droit vers la Terre des Zertes au lieu du rassemblement habituel. C'est véritablement ce qu'on appelle un coup d'éclat. Bientôt on pourra faire une rue à mon nom, mais comme il n'y a pas vraiment de rues pour les poussins que celles déjà instaurées par les humains, on pourra graver un arbre à mon nom placer mon portrait en couverture des manuels d'histoire. Mon portrait jaune.

    - Michel, je pense qu'une discussion s'impose.

    Ca c'est Blaise le justicier. Plus rapide que l'éclair, je disparais. En réalité je n'ai pas de pouvoirs magiques, j'ai simplement la faculté de me fondre dans la masse jaune des poussins. Et bien que j'ai un jaune particulièrement inouï et resplendissant, je dois bien reconnaître que je suis plutôt bien camouflé dans la marée de jaunes. Je fuis tous ceux qui sont un peu trop ambres ou trop topazes, ils attirent le regard. Non, discrètement je m'écarte jusqu'à ce qu'on ne puisse plus me repérer. Et comme d'habitude, les bourgmestres et leur super-acolyte Blaise ont autre chose à faire que de s'occuper de moi. Par exemple, ordonner toute une nuée désordonnée de poussins désemparés. Je peux vous le dire, des poussins, ça piaille fort. Surtout quand les chefs ne savent absolument pas comment sortir d'ici. Ah oui, la tâche. Tranquillement mêlé à la masse, je l'avise pas très loin de nous. Comment expliquer à ce truc noiraud et pleurnichard il me semble, que son retour chez elle et ses excuses sur un papier peuvent signifier tout l'avenir d'une nuées de poussins. Mais il y en a qui m'ont repéré de nouveau, et par-dessus ma tête, la tâche. Sacré nom de Dieu, la partie devient facile pour eux. Ils connaissent mon affection pour les stylos, d'ailleurs ils connaissent tout de moi. Je n'ai plus à en douter : ils vont me passer un savon, mais d'abord il faut qu'ils sachent qui est cette tâche et quel est son rôle. Seulement je ne suis pas sûr d'être au courant. Peut-être aurais-je mieux fait de m'humaniser un instant lorsque je passais le contrat ? Au moins pour en retenir les termes exacts vous voyez.. J'ai bien l'impression que quelque chose cloche. Mais peu importe après tout, mon coup d'éclat est réussi, c'est primordial ! En exceptant la nuée de paires d'yeux abasourdis qui se posent sur moi, la tâche qui semble s'être arrêtée de dégouliner tant elle a à penser (mais peut-être est-ce momentané) et les bourgmestres poussins qui me regardent avec de gros yeux comme seuls savent les faire de vrais bourgmestres poussins.


Dernière édition par Archibald L. Ford le Dim 28 Nov - 15:57, édité 1 fois
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Blaise C. Anderson
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MessageSujet: Re: petite conte de la tâche, de blaise et du poussin dans la plaine des zertes. Dim 28 Nov - 15:52

Être Blaise le poussin masqué n’était pas du tout un rôle facile. Parce qu’être masqué vous donnait tout de suite l’étiquette de justicier. Alors qu’au départ, je n’étais rien de tout ça ! J’étais juste un petit poussin farceur qui aimait mettre son masque de petit diablotin pour effrayer sa maman poussine. Mais les autres poussins n’avaient rien compris, et dès l’instant où ils m’avaient vu avec mon masque, ils m’avaient élevé au rang de héros. C’était agréable au départ, parce qu’un héros, tout le monde l’aime, mais voilà, je n’étais pas encore au courant qu’un héros a des responsabilités. Et un jour, où les Nuages pleuraient pour une raison qui m’était inconnue, vint le Malheur. C’était un Malheur totalement moche et surtout très méchant. Je n’aimais pas les Malheurs pas beaux, de toute façon personne ne les aime. Une délégation de poussins aussi blancs que la neige vint me chercher. Les Poussins en chefs. Enfin, ce n’était pas leur nom, mais maman les appelait comme ça. Donc, ils me demandèrent très poliment mais avec empressement de m’occuper du Malheur. Comme si c’était dans mes cordes ! Mais je compris bien vite que si je ne le faisais pas, on allait me donner à manger aux humains, et j’étais trop jeune pour mourir ainsi. Bref, résultat des courses, j’avais du écouter les malheurs du Malheur malheureux, qui, une fois débarrassé de sa peine, s’en alla.

Dans la basse-cour, on me respectait, et j’aimais le regard des petites poussines qui se posait sur moi. J’étais encore jeune, malgré les apparences, mais avec mon masque constamment posé sur mon visage, personne ne pouvait voir mon visage poupin. Et puis, j’avais grandi, toujours avec ce masque, toujours avec ce rôle, toujours avec mes amis poussins. J’avais pris de l’importance, trop d’importance puisque mon orgueil s’était développé, j’étais devenu aussi prétentieux et vaniteux que les Roses – et seul le Dieu des Poussins sait à quel point elles sont vaniteuses. On demandait mon avis sur tout et rien, surtout sur rien, mais pour les poussins c’était un tout. J’étais de toutes les expéditions qu’on jugeait risquées, comme celles de chercher les vers à l’autre bout de la basse-cour – c’était très très dangereux. Mais cette fois-ci, les poussins avaient prévu autre chose : que tous les citadins poussins que nous étions s’exilent à la campagne. Pour quelle raison ? Il n’y en avait pas, c’était juste parce que la terre de nos ancêtres était la campagne, et il est bien connu que tout le monde veut retourner à ses racines un jour ou l’autre – ou alors il y avait une autre raison, mais on se contentera de celle-là.

Ainsi, j’étais chargé de la sécurité de la troupe, de la très grosse troupe, de la trop grosse troupe de poussins jaunâtres – une couleur qui ne sied qu’au poussin et à personne d’autre. Comme ils étaient nombreux, je devais être très très vigilant. Si vigilant que je ne regardais même pas où nous nous dirigions. Le poussin tambour avait toute ma confiance. Il était certes un peu simplet et très influençable, mais il connaissait le monde tout entier comme sa poche – même si, comme il était un poussin, il n’avait pas de poche, bref. Mais voilà, je n’aurais pas du lui faire confiance. Parce que ce crétin de poussin ne nous avait pas du tout amené là où nous devions aller. Nous étions ailleurs, dans un ailleurs éloigné de notre destination initial, un ailleurs qui s’appelait la plaine des Zertes. Personnellement je n’aimais pas la terre des Zertes. Mais là n’était pas la question, puisque aimer ou pas, nous y étions. Les Poussins en chefs se précipitèrent vers moi, croyant sûrement que j’avais la solution. Et aussi incroyable que cela puisse paraître, je l’avais : Michel. Il n’y avait que Michel pour faire un coup pareil. Parce que Michel était trop jaune. Alors oui, c’était sûrement un préjugé, mais voilà, le fait est que je ne me trompais pas sur ce coup-ci – comment la savais-je ? et bien je ne le savais pas, je le sentais, à force d’être un justicier on sent ces choses-là.

Alors je cherchais Michel des yeux. Et je le trouvai, avec un sourire victorieux qui ne laissait plus de doute à sa culpabilité dans tout ça. Je me rapprochais à grands pas de lui – des pas aussi grands que sont capable de faire les petites pattes d’un poussin – le pointant de mon aile. « Michel, je pense qu'une discussion s'impose. » Parce que sa bêtise allait me retomber dessus, j’en étais sûr. Ce petit poussin pas gentil avait réussi à inquiéter tous les poulaillers, et ce serait à moi de tous les rassurer. Et essayez une fois de rassurer des poussins brailleurs qui courent un peu partout dans la panique ! Vous verrez bien que ce n’est pas facile du tout du tout. Mais j’avais mon rang de justicier parfait à tenir, et je devais donc y arriver. Non, mieux, j’allais y arriver ! Bref, le temps que je m’encourage moi-même le poussin farceur était déjà parti, se cachant astucieusement entre les poussins agités. Piaillant plus fort que les autres, je les avertissais qu’il y avait un traître dans nos rangs et que ce n’était autre que Michel, le poussin trop jaune. La seconde d’après, je me maudissais d’avoir dit ça, car la panique s’était accentuée. Je braillais comme je pouvais pour exiger le calme, mais rien à faire. Alors excédé, je laissais les Poussins en chef s’occuper du troupeau, pour chercher le Jaune. Mais je n’eus pas à chercher longtemps car déjà tous les poussins s’écartaient d’un poussin qui n’était autre que Michel.

J’avisais au loin une tâche, et tous les poussins eurent le même geste : celui de regarder successivement le vilain poussin et la tâche. Le lien était fait, je ne m’étais en effet pas tromper – j’étais trop fort, avouez le ! « Michel. » Je prenais la parole puisque aucun des Poussins en chef ne s’étaient décidés à la prendre. « Perfide traitre, j’espère que tu as une très très très bonne excuse. » J’essayais d’être le plus intimidant possible, mais avec des poussins récalcitrants comme Michel, pas sûr que ça marche. Même mon masque de diablotin ne devait pas l’effrayer.


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MessageSujet: Re: petite conte de la tâche, de blaise et du poussin dans la plaine des zertes. Dim 28 Nov - 22:02


    Être une très bonne tâche à l’école offrait de sacrés avantages, au final. Puisqu'une tâche digne de ce nom se devait de savoir parler comme un livre, j'avais appris une douzaine de langages. Certes le nombre peut paraitre élevé - et il y a de quoi, les nombres ont une éducation très stricte en matière de politesse - mais rapellez et rateaulez vous : quand on vit sur des pages abandonnées, on a beaucoup de temps devant soit. Derrière soit aussi, on nomme d'ailleurs ça le traitre temps ; quand il y a de la grêle, c'est de la faute de ses minutes qu'on a dans le dos. Je suis donc... douzolingue. Et avant de faire une grosse bêtise, je venais de commencer l'option poussin. C'était des cours très chouettes, les cours de poussins. Bien sur il fallait de la maitrise, parce que pour n'en pousser qu'un il y a besoin d'entrainement, néanmoins c'était l'unique moment de ma vie de tâche ou j'avais pu me déguiser et enfiler un costume jaune. Désormais face à un échantillon plutôt représentatif de la population poussinesque, je n'étais pas trop effrayée... ni emplie d'incompréhension. D'un côté, avez-vous déjà tenté de remplir une tâche de quoi que ce soit? Autant un poussin, pour faire un portant ( principalement avec les Grands, qui sont déjà plein de responsabilités ) de liquide, solide ou gazeux c'est simple comme bonjour - au revoir pose parfois des complications. Surtout quand Au et Revoir n'arrivent pas à se séparer - autant une tâche, ça ne se prête pas à cet emploi. Une tâche n'a qu'une seule fonction.
    Une fonction par rapport à sa taille et une taille par rapport à ses problèmes. Là réside le mien ( il me suit à la trace, c'est un nomade ), avec cette basse-cour mobile qui s'apprête à me piétiner, mes soucis sont démesurés en comparaison de la surface que j'occupe. Remarquez que je l'assiégerais volontiers encore, cette parcelle de terre des zertes, sauf qu'après cette fonte rapide, je subis une nouvelle transformation. Les Transformations sont de vraies farceuses : elles s'agitent partout, et ne sont pas gentilles. On ne peut jamais rien tenter contre une Transformation parce qu'elle est vraiment très douée à cache-cache. Il n'y a que ça comme matière, à leur programme, je crois. Cache-cache en nature, cache-cache en liquide, cache-cache contre les tchèques... Leur professeur principal est un certain Johny qui se cache avec un tel talent ! Je grossis à un rythme étonnant, plus effréné que celui de la danse des secondes... secondes qui, vexées, renchérissement à une cadence folle. Je deviens aussi large et longue que la plein des Zertes, engluant les galliformes dans mon encre. J'aurais vraiment eu une sale journée, sans même une petite pluie pour nettoyer ! Chacun des poussins s'occupait différemment. Les idiots s'amusaient de leur changement radical de couleur, il est vrai que la transformation s'en donnait à cœur joie sur eux. Un Gérald Poussin s'agrippa à un arbre, dessinant une bande dans l'écorche sèche. Un Nicolas se désolait : son tableau représentant sa jolie poussine Sabine qu'il transportait avec lui s'était métamorphosé en œuvre au noir. Les Sabine de l'ensemble se disputaient l'amour du peintre... Théodore, le marin poussin, malin, s'était confectionné une barque. Il avait l'air drôlement fier, malgré son crâne chauve, ses lunettes ridicules, sa tenue gâchée ! Oui, c'était une étonnante vallée de poussin sur mon dos qui s'agitait, piaillait, braillait. M'aurait-on dit un jour que je serais une basse-cours, j'aurais eu une giclée de rire - les fuites de rires sont un fléau propre à ma condition.
    N'empêche, quand on y réfléchit - même en n'ayant aucune formation de miroir - je ne m'en serais pas souvenue. Qui que soit cette Mnésique qui s'était approprié ma personne, je me devais de la retrouver ! A cette constatation, la Transformation perdit son emprise sur moi... j'en avais assez de jouer au yo-yo ! Consciente que j'avais une fraction de minutes pour agir, je me modifiais pour devenir une rivière. Tant pis pour les formalités, les études supérieures des Coulements, le tralala. Je me séparais, formais un mignon delta ou j'amassais les gens inutiles à ma nouvelle quête. En réalité, deux seuls m'intéressaient pour ce poussinnaping ! Le rouge, Alcoolique, voilà le prénom que j'avais entendu un poussin gris lui attribuer. Puis lui, là, le moche. Machin Poussin. Cette paire d'éminences locales, je les chariais jusqu'à un endroit reculé - proche du traitre temps - de la plaine des zertes, pendant que leurs compatriotes reprenaient leurs esprits ailleurs, loin, très loin. Une fois ma taille ordinaire totalement recouvrée ( elle avait froid, la pauvre ), je me retrouvais comme des emparés. Les Emparés étant une tribu exotique, dont les croyances en sienne - la sienne, une plante apparue en même temps que le monde - les obligeait à ne jamais savoir quoi faire. Quelle sacrée Emparée que j'aurais pu être ! Au lieu de ça, me voilà rebelle de la forêt en tête à tête avec un couple animalier pour le moins particulier. Maintenant, il faut se souvenir de ses cours de poussin...
      - Vous... aidez... trouver Mnésique? balbutiais-je hasardeuse. Honte suprême pour l'enfant de parents aussi prestigieux que les miens, j'étais prisonnière d'une incommensurable Ignorance. Elle serait partie si je n'avais pas eu aussi peur de dire autre chose. Sans courage, je repris un discours, savamment formulé, dans mon dialecte natal. J'ai commis une erreur qui m'a fait arrivé ici. Si vous tenez réellement à la santé de vos amis, j'ai besoin d'un réel soutien pour me débarrasser d'un problème. J'ai appris il y a peu, car mes souvenirs sont pour le moins... partis, que j'appartenais à Mnésique. Et j'ai besoin de trouver cette Mnésique pour retrouver ma mémoire qu'elle a emporté avec elle. C'est très important.

    Dommage qu'ils ne comprennent que le poussin, ces poussins.
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MessageSujet: Re: petite conte de la tâche, de blaise et du poussin dans la plaine des zertes. Mer 1 Déc - 9:07

Bien. Il y avait fort à parier que Blaise ne lâcherait pas aussi facilement le morceau. Derrière sa protection rouge, il devait avoir sacrément peur de ne pas être à la hauteur, le petiot. Et il avait bien de la chance que je sois né de la dernière pluie comme lui, sans quoi je l'aurai pris de haut sans me gêner. Mais là, forcé de le considérer à égalité, il allait falloir jouer serré. Pour que tous les poussins piailleurs comprennent que je n'avais pas d'excuse à donner quand précisément je venais de perpétrer leur révolution originelle. J'ouvrais grand le bec, prêt à me lancer dans un bien long discours, quand je réalisais soudain ma proximité avec la tâche. De quelle côté se placerait-elle, elle ? Parce qu'autant notre basse-cour semblait n'en avoir rien à faire de rien, et s'ébattait plus ou moins joyeusement dans ce nouveau domaine, autant la tâche devait nécessairement être pus évoluée. Si elle avait fautée, c'est qu'elle avait un cerveau. Si ça se trouve, elle s'était rebellée, exactement comme moi. Et ça, ce serait le pied. Mais il ne faut pas trop compter sur sa bonne étoile. Poussinons d'abord, je m'occuperai de la tâche après. Poussins, interrompez-vous. On me demande de m'excuser ? On me demande de trouver une justification à cette erreur de destination ! Mais poussins, ne voyez-vous pas que c'est la première fois qu'on me demande quelque chose ! Vous a-t-on jamais adressé une seule fois la parole, personnellement, pour des questions aussi importantes ? Aujourd'hui j'ai réussi ce tour de force : nos dirigeants pâlots comprennent que nous sommes tous capables de beaucoup, et qu'il faut toujours nous consulter sur tout ! Poussins, le moment est venu de prendre conscience de votre rôle. Je reprenais mon souffle, et croisais le regard furibond du justicier en herbe. Autant certains poussins avaient levé le nez, intéressés, autant d'autres avaient continué benoîtement leurs activités puériles. C'était désolant. Mais mon discours n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd, à en juger par la mine abasourdie de mon interlocuteur. Le Blaise faisait une sale tête, y avait pas à tortiller. Mais je me dandinais tout de même sur mes deux pattes, signe poussinesque que la dispute était engagée et que je ne reculerai pas sur mes positions. J'avais exercé mon dandinement de longues heures devant la classe et il était parfait. Régulier, précis et j'aurais pu le poursuivre jusqu'à ce que les Zertes reviennent, ce qui n'était pas gagné. Sauf que, détournant notre attention de la Révolution, la tâche vint s'adresser à nous. Et il semblait que nous ayions un problème supérieur à nos querelles intestines. Pas celles de nos oesophages hein, celles entre les poussins. Enfin entre les poussins évolués, parce que même le nasillement de la tâche ne fit pas tourner la tête des poussins les plus distraits. - Vous... aidez... trouver Mnésique? Blaise et moi ne purent nous empêcher d'échanger un regard pour le moins surpris. Les poussins ont très peu de communication avec le monde extérieur. Qu'une tâche balbutie une question en poussin, c'était pour le moins l'évènement de notre vie. Qui bientôt dépasserait Blaise. Malheureusement, la situation semblait avoir tendance à me dépasser, aussi. Et j'étais incapable de juger si cela était ou non positif. Ce n'est que lorsque la tâche se lanca dans des chuintements intempestifs que je réalisai qu'elle essayait peut-être bel et bien de communiquer. Nous.. aider.. trouver Mnésique ? Et vu la fréquence à laquelle ce nom de Mnésique semblait revenir dans son discours, il ne pouvait s'agir que d'une autre tâche. Bien. Ca ne nous avançait pas d'un oeuf.

Le plus discrètement possible, je lancai un regard à Blaise. Il avait certes tout entendu comme moi mais semblait lui non plus n'en avoir rien perçu que ce mot de Mnésique. C'était maintenant ou jamais qu'il fallait que je me lancer. Sur ce ton docte que j'avais si savamment adopté quelques minutes auparavant, j'articulais à voix haute : Il semblerait que cette tâche soit très en colère. Alors poussin Blaise, si tu veux revoir ta partie, et rétablir l'ordre, je te conseille de m'écouter. C'est toi le justicier n'est-ce-pas ? Bon courage pour retrouver la Mnésique. Sans Mnésique, la tâche restera ici indéfiniment et nous avec elle. Car ce n'est que si elle retrouve Mnésique que nous pourrons retrouver notre chemin. Et si tu échoues, la tâche a dit qu'elle avait de grands pouvoirs et que tu le paierais cher. Enfin. Je crois. J'en avais peut-être un peu trop fait sur la fin. D'autant que certes il y avait peu de chances pour qu'un seul des poussins d'ici comprenne ce qu'avait dit la tâche, mais il y avait tout de même un risque que la tâche elle comprenne mes élucubrations, surtout avec cette voix si claire et sonnante. J'aurais mieux fait de marmonner dans barbe après tout, au diable les paroles historiques. Tout à mes pensées, je marchai de long en large. Ca ne durerait vraisemblablement pas longtemps, mais Blaise semblait suffisamment absorbé dans ses pensées pour ne pas cracher toute sa rancoeur au visage. D'ailleurs, un poussin n'a jamais beaucoup de rancoeur en lui. Ses sentiments évoluent plutôt sur l'échelle à quatre flèches : bonheur, colère, peur et tristesse. Les autres sentiments ne sont que des variations de ceux-ci. Autant vous dire que la rancoeur est un concept des Passés, ces minuscules poussins qu'on dit transparent et qui étaient nos ancêtres. Ceux qui précisément ont écrits ces mêmes livres d'histoires que je m'apprête à révolutionner. Bref de fil en aiguille j'avais fini par aviser une sorte de monticule qui allait faire office de colline. J'y voletais avec toute la délicatesse dont un jeune poussin est capable, c'est à dire pas grand chose aux yeux d'un humain mais certainement beaucoup aux yeux d'une tâche, non ? De cette hauteur, j'avais une vue imprenable sur la plaine des Zertes. Et décidément, pas plus de Zerte dans la plaine que d'écailles dans le creux de ma main. Pas de Zerte, et rien qui ressembla à une Mnésique non plus. La tâche se compliquait. Car certes mon coup d'éclat était réussi, mais maintenant il s'agissait d'avancer, voir de rentrer. Ma colère victorieuse semblait dériver inlassablement vers le vile peur du poussin de bas-étage. Je criai à la tâche, dans un poussin clair et distinct : Mnésique.. elle - est - comment ? Quand on sait dire aider et trouver, on comprend le verbe être et le mot comment, ça me paraissait logique. Et si je trouvais la mnésique avant Blaise, ce serait le pied. Seulement, j'appréhendais un peu sa réponse, car la tâche semblait franchement perdue. Pas effrayée ni en colère ni rien, non juste perdue. Quelle étrange peuple que le sien ! À ce stade de ma réflexion, j'aurais presque pu me perdre en considérations intellectuelles, si Blaise n'avait pas eu fini de soliloquer et ne s'était pas de nouveau intéressé à mon cas.
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Blaise C. Anderson
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MessageSujet: Re: petite conte de la tâche, de blaise et du poussin dans la plaine des zertes. Dim 12 Déc - 19:53

« Poussins, interrompez-vous. On me demande de m'excuser ? On me demande de trouver une justification à cette erreur de destination ! Mais poussins, ne voyez-vous pas que c'est la première fois qu'on me demande quelque chose ! Vous a-t-on jamais adressé une seule fois la parole, personnellement, pour des questions aussi importantes ? Aujourd'hui j'ai réussi ce tour de force : nos dirigeants pâlots comprennent que nous sommes tous capables de beaucoup, et qu'il faut toujours nous consulter sur tout ! Poussins, le moment est venu de prendre conscience de votre rôle. »
Comme je le craignais, la tâche ne serait pas aisée. Ce poussin avait plus de ressource qu’aucun autre compatriote jaune. Je le fixais d’un regard noir, pour bien lui faire comprendre qu’il ne m’intimidait pas et qu’il ne m’aurait pas de cette façon. Je n’étais pas un poussin comme les autres, nom d’un poussinet ! J’étais Blaise le Justicier. Ce petit poussin me sortait doucement mais inexorablement par les trous de nez. Autant dire que je n’avais pas du tout apprécié sa petite révolution personnelle. Heureusement que les autres poussins étaient suffisamment conditionnés pour ne pas partager ses opinions, sinon c’aurait été la fin du monde poussin tel que nous le connaissions. Des poussins révolutionnaires, voilà bien quelque chose qui ne devrait jamais arrivé. Et bien sûr, au lieu de baisser la tête, de s’excuser, ce crétin de Michel faisait le fier, se campant sur ses positions, attendant ma réplique. Ne comprenait-il pas que sa cause était perdue d’avance puisque personne ne le suivrait ?
Mais je n’eus pas le temps de lui faire comprendre ce fait, car la tâche vint nous trouver, éparpillant près de nous son encre. « Vous... aidez... trouver Mnésique? » De mieux en mieux … A croire que nous enchainions les problèmes. D’un bel ensemble, Michel et moi échangions un regard. Une tâche qui parle poussin, on aura tout vu ! Il y a des jours comme ça, où je me demande quelle idée j’ai eu de porter ce maudit masque de diable. J’ai de ces idées parfois … Enfin, la tâche tentait désespérément de parler, et je voyais ma patience s’amenuiser petit à petit. Je tentais tant bien que mal de me retenir de me jeter sur Michel pour le maudire, l’étrangler, le tuer, le ressusciter, l’obliger à se suicider. « Il semblerait que cette tâche soit très en colère. Alors poussin Blaise, si tu veux revoir ta patrie, et rétablir l'ordre, je te conseille de m'écouter. C'est toi le justicier n'est-ce-pas ? Bon courage pour retrouver la Mnésique. Sans Mnésique, la tâche restera ici indéfiniment et nous avec elle. Car ce n'est que si elle retrouve Mnésique que nous pourrons retrouver notre chemin. Et si tu échoues, la tâche a dit qu'elle avait de grands pouvoirs et que tu le paierais cher. Enfin. Je crois. » Mon sang de poussin bouillonnait dans mes petites veines de poussin, et j’essayais désespérément de ne pas couiner de rage. Michel l’Abruti – à mettre en opposition avec Blaise le Justicier – n’avait sûrement pas tord : il fallait aider la tâche pour retrouver notre chemin. Et comment aider la tâche alors qu’on ne comprenait rien à ce qu’elle disait ? Il en avait des bonnes lui ! En plus, tout me retombait sur les épaules, et j’avais à nouveau ce goût amère dans la bouche : j’en aurais presque arraché ce maudit masque pour me cacher dans la foule des poussins, ainsi on me laisserait peut-être tranquille.
J’étais tellement dans mes pensées que je ne vis pas le petit Michel s’écartait de nous, jusqu’à ce qu’il nous crie de son petit monticule totalement pitoyable : « Mnésique.. elle - est - comment ? » Mais bien sûr, comme si Mademoiselle Tâche allait comprendre quelque chose ! Et puis je croyais qu’il allait me laisser en plan ce petit avorton ! Et maintenant il voulait m’aider ? J’avais un énorme doute. Non, il voulait sûrement trouver un moyen de nous enfoncer encore plus dans le crottin. Et il était hors de question que je le laisse faire, parce que sinon, encore une fois, on m’en donnerait la responsabilité. Alors furieux, je le fixais de mon regard le plus noir, le plus rouge, le plus furieux quoi. « Toi là-bas ! Ramène ton petit popotin de poussin jaune tout de suite ! » Je m’égosillais, ne retenant plus ma rage. Il allait voir ce qu’il en coutait de mettre tous les poussins dans la bouse. C’était bien connu, les vaches n’étaient pas nos amis, trop grandes, trop machonnantes, trop vaches quoi. Tapant de la patte, je levais et abaissais dans un mouvement de fureur mes petites ailes. « Tu vas m’aider, sombre crétin, et tu as intérêt à ne pas prendre tous les honneurs ! Parce qu’il est clair que tu comparaîtras devant un tribunal poussin quand on rentrera ! Maintenant tu m’aides, ou je te tue ! » Je devais sûrement être ridicule à péter les plombs comme ça, mais je n’en pouvais plus.
Toujours dans ma lancée, je me retournais vers le tâche, toujours aussi furieux. « Et toi, la tâche, tu as intérêt à faire un effort pour te faire comprendre sinon j’invoque le Dieu de la Pluie et pfuit ! Adieu Mademoiselle Tâche ! On m’a bien compris ?! » J’étais totalement essoufflé et en même temps abasourdi de mettre ainsi laisser aller. Mais je me sentais bien mieux maintenant. Et plus disposé pour réfléchir aussi. Tapotant mon menton de mon aile, je mettais à contribution tous mes neurones pour répondre à une seule question : comment arranger la situation ? Il était clair qu’il nous fallait comprendre la tâche. Et pour ça, il suffisait que … Mais oui ! J’ai toujours dit que j’étais un génie ! « Tâche, toi devoir faire dessin. » Des mots simples, une construction simple, elle allait comprendre non ? Il fallait maintenant prier pour qu’elle sache s’éparpiller en dessin et pas seulement en mot. C’était notre seul moyen de communiquer sans quiproquo.
( j'ai honte de mon énorme retard, j'espère que vous m'excusez )


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